La démocratie française ne manque ni d’élus, ni d’associations, ni de citoyens engagés. Elle manque d’un lieu commun.
Aujourd’hui, l’information publique est éclatée : un site par mairie, une page par élu, un compte par association, des sites de participation citoyenne différents, des programmes de campagne dispersés, des décisions locales prises sans que personne ne les voie passer. Pour s’y retrouver, il faut du temps — celui que la plupart des citoyens n’ont pas.
Dans ce vide, les réseaux sociaux commerciaux ont pris la place. Ils sont gratuits, ils sont accessibles, mais leurs algorithmes ne servent pas la démocratie : ils servent l’audience.
Ils amplifient la colère, réduisent la portée des institutions à quelques pour cent de leurs abonnés, mélangent le vrai et le faux, et laissent les élus exposés à l’injure anonyme. Le débat public s’y déforme, et beaucoup préfèrent s’en détourner.
Résultat : abstention record, défiance envers les institutions, incompréhension du mille-feuille territorial. Qui décide de quoi entre la commune, l’intercommunalité, le département, la région et l’État ? Peu de citoyens sauraient le dire. Et pourtant, ce sont ces décisions qui organisent leur quotidien.